Epidémie de Chikungunya à La Réunion

Point de situation au 12 janvier 2006


A propos de la maladie

Le virus Chikungunya (qui signifie en swahili "marcher courbé", en raison des fortes douleurs articulaires qu’il provoque) est un arbovirus transmis par un moustique du genre Aedes. Il circule surtout en Afrique de l’Est, en Asie du Sud-est et dans le sous continent indien.
Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante, une fièvre élevée apparaît brutalement. S’y associent alors typiquement d’importantes douleurs articulaires et musculaires touchant les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges), des céphalées et, parfois, une éruption cutanée. Des hémorragies bénignes peuvent survenir, surtout chez les enfants.
L’évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable. Des formes chroniques existent cependant, caractérisées par des arthralgies persistantes et parfois invalidantes. Aucun cas mortel d’infection à Chikungunya n’a été rapporté à ce jour. La prise en charge thérapeutique repose essentiellement sur la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens afin de soulager les douleurs.


Situation internationale

Le virus a circulé dans la région sud ouest de l’Océan Indien depuis le début de l’année 2005, avec en particulier des foyers épidémiques identifiés aux Comores, à Maurice, à La Réunion et à Mayotte.


Situation à la Réunion

Devant le risque d’importation de cas d’infections à Chikungunya à La Réunion en provenance des autres territoires de la région, un système de vigilance adapté a été instauré dès mars 2005. Ont été ainsi mis en place sur l’île de La Réunion un système de surveillance spécifique, le dépistage actif des cas suspects dans l’entourage des cas signalés, l’identification et le traitement des foyers de transmission (démoustication) par le service de lutte antivectorielle, ainsi qu’une information des professionnels de santé.

Entre le 28 mars et le 8 janvier 2006, 7 122 cas de Chikungunya ont été recensés par le système de surveillance à la Réunion, dont 2 147 confirmés biologiquement. Il s’agit pour la quasi-totalité de personnes contaminées localement et non de cas importés. La majorité des cas sont survenus dans les villes de Saint-Denis (19 %), du Port (16 %), Saint-Louis (17 %), Saint-Paul (11 %) et Saint-Pierre (12 %).

Depuis le début de l’épidémie à La Réunion, la maladie a connu 4 phases successives de transmission :
• phase pré-épidémique du 22 février au 27 mars 2005 avec identification de 14 cas ;
• phase épidémique du 28 mars au 10 juillet 2005 avec un pic atteint la semaine du 9 au 15 mai et l’identification d’un peu plus de 3 000 cas ;
• recrudescence épidémique depuis le début du mois d’octobre avec en moyenne 200 cas identifiés par semaine ;
• depuis la fin du mois de décembre, on assiste à nouveau à une augmentation importante du nombre hebdomadaire de nouveaux cas, les conditions climatiques actuelles étant favorables à la prolifération du moustique vecteur.

L’évolution de la courbe épidémique dépendra notamment des mesures individuelles et communautaires d’élimination des gîtes larvaires autour des lieux de vie (eaux stagnante dans les soucoupes de pots de fleur, vases, seaux, pneus usagés...).

La surveillance de la maladie à La Réunion a permis de détecter, parmi l’ensemble des cas recensés depuis le début de l’épidémie, 20 formes graves (13 nouveaux nés et 7 adultes) ayant conduit à une hospitalisation dans un service de réanimation. Parmi les 13 nouveaux nés, 9 ont présenté des tableaux de méningo-encéphalite. La transmission materno-fœtale est probable pour 10 de ces 13 nouveaux nés, alors que pour les 3 autres cas, une contamination par piqûre de moustiques est très vraisemblable. Les analyses de confirmation de ces formes graves sont réalisées au Centre national de référence des arbovirus (CNR) en métropole. Les autres cas mentionnés sont encore en cours d’investigation. L’évolution a été favorable à ce jour pour l’ensemble de ces formes graves.


Mesures de lutte

Il n’existe ni vaccin, ni traitement préventif contre l’infection à Chikungunya. Les mesures de contrôle reposent donc sur les efforts couplés de lutte antivectorielle et de lutte communautaire afin d’éliminer les gîtes de moustiques.

Dans ces conditions, des mesures de prévention individuelle contre les piqûres de moustique doivent être prises de façon quotidienne: spray et crèmes, diffuseurs électriques, serpentins, vêtements longs et moustiquaires…Les femmes enceintes et les très jeunes enfants doivent faire l’objet de mesures particulièrement renforcées et adaptées. Le moustique vecteur pique la journée, essentiellement à l’extérieur des maisons, avec une activité plus importante en début de matinée et en fin de journée.

La lutte communautaire doit continuer d’être encouragée, avec, outre la protection individuelle contre les moustiques, la destruction des gîtes potentiels autour des habitations (eau stagnante dans les soucoupes, vases, seaux, détritus….)

 

Consulter le dossier « CHIKUNGUNYA »

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 12 janvier 2006
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