Chikungunya à La Réunion / Océan Indien

Point de situation au 20 octobre 2006


A propos de la maladie

Le virus chikungunya (qui signifie en swahili "marcher courbé", en raison des fortes douleurs articulaires qu’il provoque) est un arbovirus transmis par un moustique du genre Aedes. Il circule surtout en Afrique de l’Est, en Asie du Sud-est et dans le sous-continent indien.

Environ 4 à 7 jours après la piqûre de moustique infectante, une fièvre élevée apparaît brutalement. S’y associent alors typiquement d’importantes douleurs articulaires et musculaires touchant les extrémités des membres (poignets, chevilles, phalanges), des oedèmes, des céphalées et, parfois, une éruption cutanée. Des hémorragies bénignes à type d’épistaxis et de gingivorragies peuvent survenir, surtout chez les enfants.

L’évolution spontanée de la maladie est le plus souvent favorable. Des formes chroniques existent cependant, caractérisées par des arthralgies persistantes, récidivantes et parfois invalidantes. La prise en charge thérapeutique repose essentiellement sur la prescription d’anti-inflammatoires non stéroïdiens afin de soulager les douleurs.


Bilan de l'épidémie à la Réunion

Après un premier épisode entre mars et juin 2005, l’épidémie de chikungunya avait repris sur l’île de la Réunion en octobre 2005 avant d’atteindre son pic au cours de la semaine du 6 au 12 février 2006.

Au total et pour l’ensemble de la période épidémique, on estime qu’environ 266 000 personnes ont présenté, à un moment ou à un autre, une forme clinique de la maladie. Par ailleurs, un certain nombre de formes graves et atypiques de chikungunya ont été enregistrées au cours de l’épidémie : 246 personnes ont été hospitalisées en réanimation et une quarantaine d’infections materno-néonatales confirmées biologiquement ont été documentées. Depuis le mois de janvier 2006, 249 certificats de décès dans lesquels le chikungunya est mentionné ont été recensés, les trois quarts concernant des personnes âgées de plus de 70 ans.


Situation actuelle à la Réunion

La situation épidémiologique est actuellement comparable à celle observée au cours de la période inter-épidémique de l’hiver austral 2005. On estime en effet à environ une dizaine le nombre de cas de chikungunya survenant chaque semaine depuis le début du mois de septembre 2006.

Bien que très peu active, la transmission virale se poursuit cependant. Il convient de rester vigilant car en 2005, le retour de conditions climatiques favorables au développement du moustique avait permis sa recrudescence et une reprise du phénomène épidémique dés la fin de l’hiver austral.


Bilan de l'épidémie à Mayotte

L’épidémie de chikungunya a débuté à Mayotte en janvier 2006 et a atteint son pic au cours de la semaine du 13 au 18 mars. Au total et pour l’ensemble de la période épidémique, 7 148 cas suspects d’infection aigue à chikungunya ont été déclarés par les médecins à Mayotte.

Ce chiffre ne reflète toutefois pas l’ampleur réelle de l’épidémie car de nombreux patients n’ont pas eu recours aux services médicaux et n’ont donc pas été comptabilisés. Une enquête menée au mois de mai par l’InVS a montré qu’environ un quart de la population de Mayotte déclaraient avoir présenté des symptômes compatibles avec le chikungunya. Seule la moitié de ces personnes avait eu un contact avec les services de soins « officiels » et beaucoup avaient eu recours à l’automédication et/ou à la médecine traditionnelle.

Aucun certificat de décès portant la mention « chikungunya » n’a été reçu par la Ddass de Mayotte.


Situation actuelle à Mayotte

La situation actuelle à Mayotte correspond à une période inter-épidémique avec poursuite de la transmission du virus sur un mode sporadique. Environ une dizaine de cas de chikungunya sont notifiés chaque semaine depuis le mois de juillet.

Comme à la Réunion, il convient de rester vigilant car en 2005, le retour de conditions climatiques favorables au développement du moustique avait permis sa recrudescence et une reprise du phénomène épidémique dés la fin de l’hiver austral.


Cas importés en Guadeloupe et à Saint-Martin

Deux cas de chikungunya, en provenance d’Inde, ont été confirmés sur l’île de Saint-Martin et dans la commune de Saint-Claude en Guadeloupe, respectivement les 20 septembre et 5 octobre 2006. Suite à l’identification de ces 2 cas, des mesures de contrôle et de suivi ont été mises en œuvre dans les communes où ils sont survenus: intervention des services de lutte anti-vectorielle, enquête entomoépidémiologique et sensibilisation renforcée auprès des médecins.


Situation Internationale

Il semble que le virus du chikungunya ne circule plus actuellement que sur un mode sporadique dans les îles de l’Océan Indien. L’évolution de la situation aux Seychelles et à Maurice est comparable à celle observée à la Réunion et à Mayotte et correspond à la période inter épidémique de l’hiver austral.

En Inde, l’épidémie en cours a débuté en décembre 2005 dans l’Etat d’Andhra Pradesh. Elle concerne actuellement au moins 11 Etats et Territoires sur 35 : Tamil Nadu, Bihar, Karnataka, Andhra Pradesh, Madhya Pradesh, Maharastra, Gujarat, Kerala, Territoire de Delhi, Rajasthan, Union des Territoires de Pondichéry et Iles Andaman et Nicobar.

Du 01/01/2006 au 19/10/2006, un total de 1 360 408 cas suspects ont été notifiés par les autorités indiennes. Parmi ces cas suspects, près de 14 160 ont bénéficié d’analyses biologiques dont plus de 11 % ont été confirmés biologiquement. Le nombre important de cas est à mettre en relation avec la taille de la population indienne : plus de 524 millions de personnes (soit la moitié de la population indienne) vivent dans la zone concerné par l’épidémie.


Mesures de lutte

Malgré l’hiver austral et le retour à une situation inter épidémique, il convient de rappeler avec force l’importance d’adopter des comportements individuels visant à se protéger des piqûres de moustique et de contribuer à la destruction des gîtes larvaires.

Il n’existe ni vaccin ni traitement préventif contre l’infection à chikungunya. Les mesures de contrôle reposent donc sur les efforts couplés de lutte anti-vectorielle et de lutte communautaire afin d’éliminer les gîtes de moustiques.

Depuis la fin de l’hiver austral 2005, les mesures de lutte anti vectorielle ont été considérablement renforcées, mais doivent venir en complément des mesures de lutte communautaire également indispensables. L’ensemble de la population est concerné et doit poursuivre les actions quotidiennes de destruction des gîtes potentiels autour des habitations (eau stagnante dans les soucoupes, vases, seaux, détritus…).

Dans ces conditions, les mesures de prévention individuelle contre les piqûres de moustique sont très importantes et doivent être prises de façon quotidienne: spray et crèmes, diffuseurs électriques, serpentins, vêtements longs et moustiquaires… Les femmes enceintes, les très jeunes enfants et les personnes âgées doivent faire l’objet de mesures particulièrement renforcées et adaptées. Le moustique vecteur pique surtout la journée, essentiellement à l’extérieur des maisons, avec une activité plus importante en début de matinée et en fin de journée.


Pour en savoir plus

Consulter le dossier « CHIKUNGUNYA »

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 20 octobre 2006
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