Epidémie de dengue dans les Antilles Françaises

Point de situation au 11 janvier 2006


La dengue
La dengue est une maladie virale transmise par les moustiques du genre Aedes (Aedes aegypti dans la Caraïbe). On distingue quatre sérotypes différents du virus de la dengue (DEN-1, DEN-2, DEN-3 et DEN-4). L'absence d'immunité croisée entre les sérotypes, permet des infections successives chez un même individu. L'être humain représente à la fois le principal réservoir naturel pour les virus de la dengue et le disséminateur de la maladie.

La maladie
La maladie se traduit par une forte fièvre accompagnée de maux de tête, de courbatures et d’asthénie qui peut durer plusieurs semaines. Elle survient 2 à 7 jours après avoir été piqué par un moustique infecté. La guérison s'accompagne d'une convalescence d'une quinzaine de jours. C’est une maladie qui, dans la majorité des cas, ne présente pas de complications. Néanmoins, en raison de l’existence de formes sévères et de formes hémorragiques, il faut, d’une part, éviter toute automédication, en particulier la prise d’aspirine et d’anti-inflammatoires, et, d’autre part, consulter son médecin traitant qui prescrira le traitement symptomatique adapté. Le respect des prescriptions est capital, une prise excessive de paracétamol pouvant entraîner des effets indésirables sévères. La dengue est une maladie pour laquelle il n’existe ni chimio-prophylaxie, ni traitement spécifique, ni vaccin.

Situation internationale
La dengue est l’arbovirose la plus répandue dans le monde. Les deux cinquièmes de la population mondiale sont exposés à ce risque. La maladie est maintenant endémique dans plus de cent pays d’Afrique, des Amériques (y compris la Caraïbe), de la Méditerranée orientale, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental. Pour la seule année 2001, il y a eu plus de 609 000 cas de dengue dans les Amériques, dont 15 000 cas de dengue hémorragique. Depuis le début de l’année 2005, plusieurs pays de la Caraïbe (Barbade, Cuba, Jamaïque, Sainte-Lucie, Trinidad en Tobago, Iles Turques et Caïques) ont signalé des cas de dengue. Une recrudescence de cas de dengue est observée depuis le mois de juin 2005 aux Iles vierges. Le même phénomène est observé dans certains pays d’Amérique latine et du sud (Brésil, Bélize, Equateur, Pérou, Venezuela) et en Asie (Malaisie et Indonésie).


Situation dans les Antilles Françaises

En Guadeloupe

Depuis le mois de juin 2005, les données de surveillance épidémiologique montrent une augmentation régulière du nombre de cas signalés chaque semaine. Le seuil d’alerte épidémique a été franchi début juillet. Entre début juillet et fin décembre 2005, le réseau de médecins sentinelles a signalé 1 555 cas suspects cliniques de dengue (ce réseau comprend 50 médecins, soit 5,5 % de l’ensemble des médecins de la Guadeloupe). Parmi les 144 cas hospitalisés depuis le début de l’épidémie, 28 cas présentaient au moins un critère de sévérité et 8 cas hémorragiques, d’évolution favorable ont été identifiés.

Parmi les 2 655 examens sérologiques prescrits depuis le mois de juillet par les médecins de l’île, 1 422 cas de dengue ont été confirmés. L’épidémie est liée à la circulation du sérotype DEN-4 qui représente la quasi-totalité des isolements (sur 99 isolats, on compte 95 DEN-4, 2 DEN-2 et 2 DEN-3).

Les zones géographiques les plus touchées ont été, jusqu’à fin août, le sud de la Basse Terre et l’Ile de Saint-Martin. Une extension géographique vers le nord de la Basse Terre, la Grande Terre et les îles est observée depuis début septembre. L’île de la Désirade, elle, n’a pas connue d’épidémie. Certains foyers restent actifs : les îles du nord (Saint-Martin et Saint-Barthelemy) et Saint-François où un cas de dengue hémorragique est survenu ces dernières semaines.

L’évolution des indicateurs montre que le pic de l’épidémie a été atteint à la fin du mois de septembre puisque depuis mi-octobre le nombre hebdomadaire de cas (déclarés et confirmés) diminue. On peut estimer que depuis le début de l’épidémie 7 700 personnes ont consulté un médecin de ville pour une suspicion de dengue en Guadeloupe


En Martinique

Les seuils de recrudescence saisonnière de la dengue ont été dépassés, de façon anormalement précoce, dès la mi-juin et les seuils épidémiques ont été dépassés depuis la mi-juillet 2005. Entre le 1er juin 2005 et le 5 janvier 2006, le réseau de médecins sentinelles a signalé 2 279 cas suspects de dengue. A ce jour, 2672 cas ont été confirmés par des analyses biologiques (sérologies et RT-PCR). Cette épidémie est liée à une co-circulation des sérotypes DEN-2 et DEN-4. Ce dernier reste prédominant et représente près de 3 isolements sur 4 réalisés en 2005 (sur 227 isolats, on compte 158 DEN-4, 63 DEN-2 et 6 DEN-3).

En extrapolant les données du réseau sentinelle, on estime que, depuis le début de l’épidémie, près de 13 000 personnes ont été touchées en Martinique. L’épidémie s’est étendue et intensifiée au nord de l’île et affecte maintenant l’ensemble du département. Les communes les plus touchées lors de cette épidémie, avec des taux d’incidence cumulée supérieurs à 1 000 pour 100 000 habitants, sont : Carbet, Morne Vert, Morne Rouge, Fonds-Saint-Denis et Saint-Joseph.

Depuis le début de l’épidémie, 170 personnes ont été hospitalisées, dont un tiers d’enfant, pour une dengue. Parmi elles, 37 patients ont présenté au moins un critère de gravité et seuls 3 patients ont présenté une dengue hémorragique, d’évolution favorable. Par ailleurs, trois patients sont décédés dans un contexte d’infection par le virus de la dengue.

Le pic de l’épidémie a été atteint à la fin du mois de septembre. Depuis le début du mois d’octobre (semaine 2005-40), on note une diminution régulière des indicateurs de surveillance ces deux dernières semaines, le nombre de cas confirmés s’est établi à une trentaine de cas hebdomadaires, soit encore nettement au-dessus des seuils épidémiques.

Si la transmission de la maladie a nettement décru ces dernières semaines, voire quasiment arrêtée dans certaines communes initialement touchées (Ducos, Le Marin, Case-Pilote, Fond-Saint-Denis, Saint-Pierre), elle reste encore élevée dans les communes de Sainte Luce, Trinité et Trois Ilets où l’arrivée de nombreuses personnes non immunisées durant ces périodes de fêtes a probablement entraîné un regain de propagation de la maladie.


Les mesures de gestion
Les comités de gestion du Plan de surveillance, d’alerte et de gestion des épidémies de dengue (Psage-Dengue) ont mis en œuvre, en Guadeloupe et en Martinique, des actions de communication envers la population par le biais d’une campagne de sensibilisation radio et audiovisuelle, mais aussi par des actions ciblées au niveau des communes. Les actions de démoustication pour lutter contre le moustique vecteur, Aedes aegypti, ont été renforcées ainsi que le dispositif de surveillance épidémiologique. Une information est fournie aux voyageurs à l’arrivée et au départ de Martinique.


Recommandations

Dans la majorité des cas, la dengue ne présente pas de complications. Néanmoins, principalement en raison de la baisse du nombre de plaquettes, il existe un risque hémorragique au cours de cette infection virale. C’est pourquoi, il est nécessaire d’une part d’éviter impérativement la prise d’aspirine et d’anti-inflammatoires et d’autre part, de consulter son médecin traitant qui pourra prescrire, outre la demande de confirmation sérologique, une numération formule sanguine, notamment pour la surveillance du taux de plaquettes (une description complète des symptômes et de l’évolution de la dengue chez l’adulte est consultable dans le BASAG 2005-n°7, téléchargeable sur le site Internet de la DSDS : http://www.martinique.sante.gouv.fr

Pour ne pas se faire contaminer, il est important de :

     1) se protéger individuellement contre les piqûres de moustiques (utilisation de moustiquaires, port de vêtements longs, utilisation de répulsifs et de produits insecticides ;

     2) d’éviter la prolifération des vecteurs en éliminant régulièrement tous les lieux de reproduction des moustiques qui se trouvent à l’extérieur et à l’intérieur des maisons.

Dans la majorité des cas, la dengue ne présente pas de complications. Néanmoins, principalement en raison de la baisse du nombre de plaquettes, il existe un risque hémorragique au cours de cette infection virale. C’est pourquoi, il est nécessaire d’une part d’éviter impérativement la prise d’aspirine et d’anti-inflammatoires et d’autre part, de consulter son médecin traitant qui pourra prescrire, outre la demande de confirmation sérologique, une numération formule sanguine, notamment pour la surveillance du taux de plaquettes (une description complète des symptômes et de l’évolution de la dengue chez l’adulte est consultable dans le Basag 2005-n°13, téléchargeable sur le site Internet de la DSDS : http://www.martinique.sante.gouv.fr

Pour plus d’informations, vous pouvez télécharger les numéros 7, 9, 10, 11, 12 et 13 du Bulletin d’alertes et de surveillance Antilles Guyane (BASAG), téléchargeable sur le site de la DSDS de la Martinique (http://www.martinique.sante.gouv.fr)

 

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Mise en ligne le 12 janvier 2006
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