Point sur les infections à entérovirus, 26 juin 2008

Institut de veille sanitaire


Les entérovirus se distribuent partout dans le monde, circulant tout au long de l’année dans les régions tropicales. Dans les zones tempérées telles la France, ils circulent peu en hiver et au printemps, mais tous les ans, on observe en été et automne (cf graphique ci-dessous) une augmentation des diagnostics d’infections à entérovirus. Cette augmentation peut s’observer dès le mois de mai (lors des années épidémiques) mais plus souvent en juin.

Entérovirus : distribution des cas positifs par semaine
Réseau de surveillance des entérovirus, France, 2000-2007


Les infections humaines à entérovirus sont fréquentes et prennent des formes symptomatiques très variées. La transmission du virus se fait par contact de personne à personne à partir des virus excrétés dans les selles. Pour la grande majorité des personnes infectées, l’évolution est tout à fait bénigne, hormis chez le nouveau-né, chez qui surtout en cas de prématurité, peut se développer une infection systémique potentiellement fatale.

La symptomatologie la plus fréquemment observée est cérébro-méningée, majoritairement représentée par les méningites. L’observation d’une augmentation rapide du nombre de cas de méningites virales, peut ainsi faire suspecter la recrudescence saisonnière des méningites à entérovirus. Ces méningites sont bénignes, mais il est nécessaire de consulter un médecin pour pouvoir confirmer (ou infirmer) le diagnostic de méningite virale. La guérison est complète et rapide. L’utilisation de traitement antibiotique n’est pas indiquée dans le cas de la méningite virale (contrairement aux méningites bactériennes). Par contre, les règles d’hygiène familiale et/ou collective (lavage des mains notamment) doivent être renforcées dans l’entourage des patients afin de limiter la transmission du virus

Les entérovirus impliqués le plus souvent dans les épidémies de méningite virale sont les coxsakievirus A7, A9, B1 à B5, les echovirus 2, 3, 4, 7, 9, 11, 14, 16, 17, 18, 19, 25, 30 et 33, ainsi que les entérovirus 71. On peut aussi observer des encéphalites (une dizaine de cas par an en France), des paralysies et des ataxies.

Les autres symptomatologies comprennent essentiellement le syndrome pied-main-bouche (surtout associé au coxsackievirus A16 et à l’enterovirus 71), des syndromes respiratoires peu sévères (surtout associés au coxsackievirus A et B2-B5), des atteintes cardiaques (myocardites et péricardites aigues, impliquant surtout des coxsakievirus B3), des syndromes digestifs (liés surtout aux echovirus). Les entérovirus les plus souvent rencontrés en pathologie néo-natale sont l’echovirus 11 qui représente la moitié des cas publiés, et les coxsackievirus B (sauf le type 6) qui sont en cause dans un tiers des cas. A coté des méningites virales, des pathologies plus complexes à entérovirus peuvent survenir, comme des encéphalites ou des myocardites, et des infections potentiellement graves chez le nouveau-né.

En France, les principaux entérovirus identifiés ces dernières années (E = echovirus et CV : coxsackievirus):
–2000 : E-30, E-13, E-6, CV-B5 et CV-B4
–2001 : E-6, E-30, E-9, CV-B4 et CV-B2
–2002 : E-11, E-6, E-5, CV-B1 et E-18
–2003 : CV-B5, E-9, CV-B1, E-7, CV-B3
–2004 : E-7, E-30, CV-B2, CV-B4, E-9
–2005 : E-30, CV-A9, E-18, E-6, E-3
–2006 : CV-B5, E-13, E-30, E-6, E-18
–2007 : E-11, E-18, E-9 CV-B2, E-6, E-30

Situation épidémiologique actuelle au 26 juin 2008

Cette année, au cours du mois de mai, peu de cas de méningites ont été détectés par les laboratoires du réseau de surveillance des entérovirus (RSE), et les laboratoires du réseau commencent à observer une augmentation des positifs au sein des LCR testés pour les entérovirus. Les services d’urgence d’Ile de France (système de surveillance Oscour/InVS, données collectées par 34 services d’urgences) ont observé une augmentation des cas de méningites chez les moins de 15 ans, retardée par rapport aux années précédentes et relativement de même ampleur (les 2 dernières années n’étaient pas épidémiques) ; ces données (cf graphiques ci –dessous) sont, cependant, encore insuffisantes pour préjuger de l’évolution de la circulation des entérovirus au cours des semaines à venir.

LCR positifs pour les entérovirus en mai-juin 2008, comparaison avec les 3 années antérieures, données hebdomadaires, RSE*, France



* RSE : 32 laboratoires participant au réseau de surveillance des entérovirus

 

Réseau Oscour : 34 services d'urgence en Ile de France

 

Pour en savoir plus

1. Antona D, Lévêque N, Chomel JJ, Dubrou S, Lévy-Bruhl D, Lina B. Surveillance of enteroviruses in France, 2000-2004. Eur J Clin Microbiol Infect Dis 2007;26(6): 403-12.
2. Surveillance des entérovirus en France métropolitaine, 2000-2004. Antona D, Lévêque N, Dubrou S, Chomel JJ, Lévy-Bruhl D, Lina B. Bull Epidémiol Hebd 2005 ; 39-40 :200-2.
http://www.invs.sante.fr/beh/2005/39_40/beh_39_40_2005.pdf
3. Melnick JL. Poliovirus and other enteroviruses in : ‘Evans AS, Kaslow RA: Viral Infections of humans. Epidemiology and control. Ed Plenum medical book company, New York 1997, pp 583-663
4. Lin TY, Twu SJ, Ho MS, Chang LY, Lee CY. Enterovirus Taiwan: occurrence ans recognition. Emerg Inf Dis 2003, 9 (3) :291-93.

 

 

 

 

Page précédente


Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 27 juin 2008
CONTACTS Contactez l'InVS