Impact de la vaccination par le vaccin pneumococcique conjugué heptavalent sur l’incidence des infections invasives à pneumocoque en France

Première analyse des données 2006


Agnès Lepoutre1, Emmanuelle Varon2, Scarlett Georges1, Laurent Gutmann2, Daniel Lévy-Bruhl1 et les microbiologistes du réseau Epibac et du réseau des Observatoires régionaux du pneumocoque.

1  : Département des maladies infectieuses, Institut de veille sanitaire
2  : Centre national de r éférence des pneumocoques, AP-HP Hôpital Européen Georges Pompidou

 

La vaccination anti pneumococcique par le vaccin conjugué heptavalent (PCV7) a été introduite dans le calendrier vaccinal français en janvier 2003 pour les enfants de moins de deux ans présentant des facteurs de risques d’infections invasives à pneumocoque médicaux ou liés à leur mode de vie. Cette recommandation vaccinale a été élargie en juin 2006 à tous les enfants de moins de deux ans. Le PCV7 couvre 7 sérotypes : 4, 6B, 9V, 14, 18C, 19F, 23F, qui sont les plus fréquemment retrouvés dans les infections invasives de l’enfant. En France la couverture sérotypique du PCV7 chez l’enfant de moins de 2 ans était de 69 % pour les souches isolées de méningites à pneumocoque et de 67 % pour les souches isolées d’infections bactériémiques à pneumocoque avant les 1ères recommandations vaccinales.

L’impact de la vaccination par le PCV7 sur les infections invasives à pneumocoque est évalué grâce à deux réseaux de laboratoires hospitaliers. Le réseau Epibac coordonné par l’InVS permet une estimation des taux d’incidence des méningites et infections bactériémiques à pneumocoque en France et leur suivi dans le temps depuis 1991 et le réseau des Observatoires régionaux du pneumocoque (ORP) coordonné par le Centre national de r éférence des pneumocoques (CNRP) qui permet le suivi des sérotypes et de la sensibilité aux antibiotiques des pneumocoques isolés d’infections invasives. Le réseau du CNRP fonctionne depuis 2001 tous les ans pour l’ensemble des souches isolées chez les enfants dans le liquide céphalo-rachidien (méningites) et dans le sang (infections bactériémiques). Il fonctionne tous les deux ans pour les souches isolées d’infections bactériémiques chez les adultes.

En 2005, les données du réseau Epibac ont montré une diminution chez les enfants de moins de 2 ans de l’incidence des méningites et des infections bactériémiques à pneumocoque par rapport à la période pré-vaccinale (1998-2002). La diminution observée était de 38 % pour les méningites à pneumocoque et de 29 % pour les infections bactériémiques à pneumocoque. Dans le même temps l’incidence des méningites et infections bactériémiques à pneumocoque ne diminuait pas chez les enfants plus âgés et les adultes (voir le BEH 05/2007). Ces résultats étaient très en faveur d’un impact positif de la vaccination par le PCV7.

En 2006, l’incidence des méningites et des infections bactériémiques à pneumocoque est de même niveau qu’en 2005 chez les enfants de moins de 2 ans. L’incidence* des méningites à pneumocoque était de 6,0 cas / 100 000 enfants de moins de 2 ans en 2006 versus 5,4 cas / 100 000 enfants de moins de 2 ans en 2005. L’incidence* des infections bactériémiques à pneumocoque était de 17,5 cas / 100 000 enfants de moins de 2 ans en 2006 versus 17,1 cas / 100 000 enfants de moins de 2 ans en 2005.

Cette stabilisation de l’incidence chez le jeune enfant intervient alors que la couverture vaccinale par le PCV7 a augmenté. Les remboursements de PCV7 ont progressé de 20 % chez les enfants de moins de un an entre 2005 et 2006 et la proportion des enfants qui ont reçu une primo vaccination complète estimée à 44 % au 1er trimestre 2006 était estimée à 56 % au 1er trimestre 2007 lors de deux enquêtes réalisées sur un échantillon d’enfants de 6 à 12 mois [1].

L’analyse des sérotypes des souches de pneumocoque isolées de méningites et d’infections bactériémiques en 2006 reçues par le CNRP montre que cette stabilisation de l’incidence chez les enfants de moins de deux ans résulte d’une augmentation des cas dus à des souches de sérotype non vaccinal associée à une diminution des cas dus à des souches de sérotype vaccinal.

L’application des proportions de sérotypes vaccinaux ou non vaccinaux (CNRP) aux données d’incidence (Epibac) montre que l’incidence* des méningites à pneumocoque de sérotype vaccinal a diminué de 2,3 à 1,1 cas / 100 000 entre 2005 et 2006 (- 54 %), tandis que l’incidence* des méningites à pneumocoque de sérotype non vaccinal a augmenté de 3,1 à 4,9 cas / 100 000 entre 2005 et 2006 (+ 56 %) chez les enfants de moins de deux ans (figure 1). De même, l’incidence* des infections bactériémiques à pneumocoque de sérotype vaccinal a diminué de 7,8 à 5,3 cas / 100 000 (- 32 %) entre 2005 et 2006 tandis que l’incidence* des infections bactériémiques à pneumocoque de sérotype non vaccinal a augmenté de 9,4 à 12,2 cas / 100 000 (+ 31%) entre 2005 et 2006 chez les enfants de moins de deux ans (figure 2).

Parmi les sérotypes non vaccinaux retrouvés dans les méningites et les infections bactériémiques chez les enfants de moins de 2 ans, deux sont prépondérants en 2006 : les sérotypes 7F et 19A. L’incidence des infections invasives liées à ces 2 sérotypes a augmenté depuis 2004-2005 (figures 5 et 6). Alors qu’ils représentaient moins d’une souche sur 8 (12 %) en 2001-2002, ils représentent en 2006 près de 4 souches sur 10 (37 %).

Chez les enfants plus âgés et les adultes, aucune tendance évolutive importante de l’épidémiologie des infections invasives à pneumocoque n’apparaît depuis 2001, qu’il s’agisse de sérotypes vaccinaux ou non vaccinaux (figures 3 et 4).

Ces résultats préliminaires des données de surveillance en 2006 sont à considérer avec prudence pour plusieurs raisons :

  • les données analysées proviennent du croisement de deux sources de données dont la représentativité régionale n’est pas tout à fait comparable ;
  • des évolutions de la contribution des différents sérotypes peuvent être observées indépendamment de toute vaccination ;
  • les analyses effectuées en fonction des différents sérotypes portent sur de petits effectifs ;
  • le recul depuis la mise en œuvre de la vaccination est encore insuffisant pour apprécier si les tendances suggérées par les données 2006 seront durables.

Il parait donc prématuré de conclure aujourd’hui à une émergence de sérotype non vaccinaux qui serait liée à la pression de sélection exercée par la vaccination des nourrissons. La poursuite de la surveillance en 2007 permettra de mieux apprécier et interpréter cette augmentation des cas dus à des souches de sérotypes non vaccinaux. Cependant, le remplacement des sérotypes vaccinaux par des sérotypes non vaccinaux a été observé aux Etats-Unis où l’incidence des cas dus à des sérotypes non vaccinaux a augmenté de 22% chez les enfants de moins de 5 ans quatre ans après l’introduction du PCV7 tandis que l’incidence des cas dus à des sérotypes vaccinaux a diminué de 97 % [2]. Aux Etats-Unis le sérotype 19A a émergé comme le sérotype le plus fréquent représentant 35 % des souches isolées chez les enfants de moins de 5 ans en 2004 [2].

En France l’incidence des méningites et des infections bactériémiques chez le jeune enfant reste inférieure en 2006 à celle qui était observée pendant la période pré vaccinale (-28%). Si les données de surveillance française les plus récentes suggèrent que le bénéfice de la vaccination parait être réduit par l’émergence de sérotypes non vaccinaux, le solde reste en faveur de la vaccination. De plus, un impact indirect de la vaccination par le vaccin PCV7 sur l’incidence des infections invasives chez les sujets âgés est attendu avec une amélioration de la couverture vaccinale et du respect du schéma vaccinal complet recommandé en France (3 doses à 2,3 et 4 mois de vie et un rappel entre 12 et 15 mois). Cet effet lié à une diminution du portage des souches vaccinales chez les enfants a été observé aux Etats-Unis mais n’est pas encore perceptible en France, où l’introduction du PCV7 est plus récente.

* Incidence redressée pour prendre en compte la couverture du réseau Epibac, non corrigée de la sous notification des cas au sein de ce réseau.

[1] J. Gaudelus, R. Cohen, J. Hovart Couverture vaccinale du vaccin pneumococcique heptavalent conjugué en 2007, comparaison avec les années précédentes et les autres vaccins pédiatriques : analyse des carnets de santé. Médecine et Enfance, Juin 2007 :1-4.

[2] Hicks LA, Harrison LH, Flannery B et al. Incidence of pneumococcal disease due to non-pneumococcal conjugate vaccine (PCV7) serotypes in the United States during the era of widespread PCV7 vaccination, 1998-2004. J Infect Dis. 2007 Nov 1;196(9):1346-54.


Figure 1 - Incidence des méningites à pneumocoque chez les moins de 2 ans selon le sérotype vaccinal ou non vaccinal, Epibac-CNRP, France 2001-2006

Figure 2 - Incidence des infections bactériémiques à pneumocoque chez les moins de 2 ans selon le sérotype vaccinal ou non vaccinal, Epibac-CNRP, France 2001-2006

Figure 3 - Incidence des méningites à pneumocoque chez les plus de 2 ans selon le sérotype vaccinal ou non vaccinal, Epibac-CNRP, France 2001-2006

Figure 4 - Incidence des infections bactériémiques à pneumocoque chez les plus de 2 ans selon le sérotype vaccinal ou non vaccinal, Epibac-CNRP, France 2001-2006*

* Données pour les infections bactériémiques chez les adultes non disponibles à travers le réseau des ORP en 2004 et 2006

Figure 5 - Incidence des méningites à pneumocoque chez les moins de 2 ans selon le sérotype, Epibac-CNRP, France 2001-2006

 

Figure 6  - Incidence des infections bactériémiques à pneumocoque chez les moins de 2 ans selon le sérotype, Epibac-CNRP, France 2001-2006

*Sérotype apparenté : sérotype non vaccinal mais appartenant à un même sérogroupe qu’un sérotype vaccinal et pour lequel une certaine immunité croisée existe entre les deux sérotypes

* Incidence redressée pour prendre en compte la couverture du réseau Epibac, non corrigée de la sous notification des cas au sein de ce réseau

 


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Mise en ligne le 18 janvier 2008
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