Infection par le VIH chez les homosexuels en France

Synthèse des données disponibles



Surveillance du VIH et du sida (données des notifications obligatoires du VIH /sida au 30 juin 2004, InVS)

En 2003 une découverte de séropositivité sur 5 concerne un homosexuel

En 2003 et au 1er semestre 2004, 941 séropositivité VIH ont été notifiées chez des hommes homosexuels, soient 22% de l’ensemble des découvertes. Sur cette même période, les homosexuels représentent 26% des cas de sida. Après la diminution du nombre annuel de cas de sida chez les homosexuels observée jusqu’en 2002, ce nombre ne diminue plus en 2003.

Les homosexuels découvrent en moyenne leur séropositivité à 37 ans. Les homosexuels âgés de 30 à 39 ans représentent près de la moitié des cas alors que les moins de 20 ans représentent 1% des découvertes de séropositivité.

La grande majorité (81%) des homosexuels découvrant leur séropositivité sont de nationalité française, 4% sont de nationalité d’un pays du continent américain (dont 1% du Brésil et 1% des Etats-Unis), 3% d’un pays d’Europe centrale ou occidentale autre que la France. Les homosexuels originaires d’un pays du continent africain représentent 2% des découvertes de séropositivité.

Un homosexuel sur 5 découvre sa séropositivité au moment d’une primo-infection. Cette proportion élevée suggère un recours précoce au dépistage chez les homosexuels exposés au risque d’infection. Cette proportion est plus élevée parmi les homosexuels de moins de 40 ans : 24% contre 13% chez les 40 ans et plus. Cependant, une part non négligeable (11%) des homosexuels découvrent leur séropositivité tardivement, au stade sida. Cette proportion augmente avec l’âge : de 1% chez les 25-29 ans, elle atteint 31% chez les 50 ans et plus.

Le test d’infection récente montre que la moitié (51%) des homosexuels découvrant leur séropositivité ont été infectés récemment (dans les 6 mois précédant le diagnostic). Cette proportion élevée d’infections récentes est dépendant des pratiques de dépistage et peut être la conséquence d’un relâchement des comportements de prévention. Les homosexuels ayant un recours au dépistage du VIH plus fréquent que les autres populations exposées, leur probabilité d’être dépisté rapidement après leur contamination est également plus élevée.

La surveillance virologique, couplée à la déclaration obligatoire, permet l’étude des groupes et des sous-types du VIH chez les personnes qui découvrent leur séropositivité. Le sous-type B, sous-type prédominant parmi les virus circulants en France, est le plus fréquent chez les homosexuels mais on retrouve également des sous-types non B (14%), sous-types largement prédominants sur le continent africain. La présence des sous-types non B chez des homosexuels avait déjà été mise en évidence en 1996-1998 à partir de l’Observatoire des sous-types du VIH mais en proportion très faible (2%). La proportion croissante des sous types non B chez les homosexuels depuis 5 ans montre la diffusion des sous-types africains chez les homosexuels.


Estimation du nombre d’homosexuels en France

Dans les années 90, le nombre d’homosexuels actifs était estimé à près de 300 000 personnes

Cette estimation est basée sur la vaste enquête « Analyses des Comportements Sexuels en France » (ACSF/Inserm) réalisée en 1992 auprès de 20 000 français.

Plus de 4% des hommes ont déclaré au cours de l’enquête ACSF « avoir eu au cours de leur vie des rapports sexuels avec des hommes ». Le nombre d’homosexuels est donc estimé à 800 000 sur la base des 20 millions d’hommes âgés de 18 à 69 ans. De plus, 1,5% des hommes enquêtés ont déclaré « avoir eu des rapports sexuels au cours des 5 dernières années », le nombre d’homosexuels sexuellement actifs peut donc être estimé à 280 000 homosexuels.

Cette enquête va être reconduite en 2005 sous le nom « le Contexte de la Sexualité en France » (CSF/Inserm/Ined/ANRS) et permettra sans doute d’estimer à nouveau le nombre d’homosexuels en France .


Estimation de la prévalence du VIH chez les homosexuels

La prévalence du VIH chez les homosexuels se situe entre 12 et 14%

Le nombre d’homosexuels infectés par le VIH a été estimé fin 1997 à 34 000 soit une prévalence de 4,2% par rapport à la population totale des homosexuels (source : BEH 2005, N°11), 12% si on ne rapporte ce nombre qu’aux homosexuels sexuellement actifs. La prévalence chez les homosexuels sexuellement actifs est près de 120 fois plus élevée que chez les hétérosexuels.

Plus récemment, on dispose à partir des enquêtes de comportements réalisées dans la population gay, d’une prévalence de l’infection à VIH « déclarée » c'est-à-dire la proportion d’homosexuels qui se déclarent séropositifs dans l’enquête. Cette prévalence « déclarée » se situe entre 12% et 14% selon les enquêtes. La prévalence était de 14,5% dans l’enquête Presse gay 2000, réalisée parmi les lecteurs de la presse gay. Dans l’enquête Baromètre Gay 2002 réalisée auprès d’homosexuels fréquentant les lieux de rencontre gay en France, la prévalence déclarée par les homosexuels était de 12%, dont un quart ont découvert leur séropositivité dans l’année.

Actuellement, il n’existe pas en France de données de la prévalence du VIH chez les homosexuels basées sur des examens biologiques (c'est-à-dire sur un prélèvement sanguin permettant de réaliser un test de dépistage du VIH).


Les comportements sexuels de la population homosexuelle

Les prises de risque augmentent depuis 2000, en particulier chez les séropositifs

L’enquête Presse Gay a montré pour la première fois en 2000 un relâchement des pratiques sexuelles à moindre risque chez les homosexuels en France, relâchement qui a été confirmé par l’enquête baromètre Gay 2000 (réalisée sur Paris uniquement) puis Baromètre Gay 2002 (France entière). Lors de cette dernière enquête, la proportion de répondants indiquant au moins une pénétration anale non protégée au cours des 12 derniers mois avec des partenaires occasionnels était de 35%. Pour rappel, la pénétration anale (réceptive) est le rapport sexuel le plus à risque : les estimations réalisées chez des homosexuels montrent que le taux de transmission par acte sexuel est compris entre 0,3% et 3,0% (De Gruttola 1989, Vittinghoff 1998). De surcroît, l’enquête a montré que les homosexuels séropositifs déclaraient plus souvent avoir pratiqué au moins une pénétration anale non protégée que les séronégatifs et de manière moins accidentelle.

Les résultats de l’enquête Presse Gay, renouvelée en 2004 auprès des lecteurs de la presse gay et des internautes, diffusés à partir du 22 juin 2005, permettront d’observer l’état de la prévention des comportements sexuels au sein la population homosexuelle masculine.


Les Infections Sexuellement Transmissibles (IST)

Des IST évolutives depuis 2000 chez les homosexuels

Les données de surveillance sur les IST depuis 2000 viennent corroborer les données issues des enquêtes de comportements : la résurgence de la syphilis fin 2000 comme l’émergence de la Lymphogranulomatose vénérienne rectale (LGV) en 2003-2004 concernent essentiellement des homosexuels. Les homosexuels atteints de syphilis ou de LGV sont également souvent co-infectés par le VIH (40% pour la syphilis et 80% pour la LGV).


Conclusion

La surveillance de l’infection à VIH en France montre que les homosexuels masculins font partie des populations les plus touchées par l’épidémie en France. Les résultats des enquêtes comportementales, qui montrent une reprise des pratiques à risque, et la surveillance des infections sexuellement transmissibles viennent corroborer les informations issues des données de la notification obligatoire du VIH/sida et de la surveillance virologique. Malgré l’amélioration du pronostic de l’infection VIH, cette maladie reste très grave avec un impact majeur sur la qualité de vie et la prévention en reste plus que jamais indispensable. En parallèle des politiques publiques, la communauté homosexuelle doit se saisir de cette situation préoccupante.


Pour en savoir plus :

Baromètre Gay 2002 : Enquête auprès des hommes fréquentant les lieux gay en France. BEH 2004 ;48 :227-8. BEH résultat de BG 2002.
Michel A, Velter A, Couturier E, Semaille C.

Surveillance de la syphilis en France métropolitaine, 2000-2002. BEH 2004 ;3 : 9-12.
Couturier E et al.

La prévalence de la séroposititivté VIH en France. BEH 2005;11:41-4.
Desenclos JC, Costagliola D, Commenges D et al.

Rectal lymphogranuloma venereum in France. Emerg Inf Dis 2005 ; 11 :505-6.
Herida M, Sednaoui P, Couturier E, Neau D, Maïthe C, Hamers FF et al.

Sur le site web de l’InVS : http://www.invs.sante.fr
Rubrique « Publications » : Surveillance du VIH/sida en France, données au 31/03/2004 (Rapport n°2 – mai 2005)
Rubrique « Données thématiques » : Tableaux, cartes et figures régulièrement réactualisés à partir des données de surveillance du VIH/sida

 

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 20 juin 2005
Mise à jour le 22 juin 2005
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