Le réseau EPIBAC : surveillance des méningites et des bactériémies à Haemophilus influenzae, Neisseria meningitidis, Streptococcus pneumoniae, Listeria monocytogenes

GOULET Véronique, LAURENT Edith, MEHL-AUGET Isabelle et VAILLANT Véronique (Réseau National de Santé Publique)


INTRODUCTION

Le réseau EPIBAC est un réseau de laboratoires de microbiologie qui permet la surveillance des infections invasives communautaires à Haemophilus influenzae, Neisseria meningitidis, Listeria monocytogenes, Streptococcus pneumoniae, et aux streptocoques des groupes A et B. Cette surveillance a pour objectif de connaître la fréquence, les tendances et les principales caractéristiques de ces infections. Elle permet ainsi d'identifier les populations à risque auxquelles vont s'adresser plus particulièrement les mesures de prévention et de mesurer l'efficacité de ces mesures.

Dans ce rapport sont présentés les résultats concernant : Haemophilus influenzae, Neisseria meningitidis, Listeria monocytogenes et Streptococcus pneumoniae.

MATERIEL ET METHODES

Le réseau EPIBAC a été constitué en 1982 en sollicitant tous les microbiologistes hospitaliers par courrier. La liste des correspondants avait été extraite du fichier de contrôle des laboratoires géré par le Laboratoire National de la Santé (LNS). Depuis janvier 1993, la gestion du réseau EPIBAC a été transférée au Réseau National de Santé Publique (RNSP).

La participation des laboratoires de microbiologie repose sur le volontariat. Le recueil est réalisé par le laboratoire sur une fiche papier qui est envoyée selon une périodicité mensuelle, trimestrielle ou annuelle en fonction du volume d'activité du laboratoire. Pour chaque isolement, sont renseignés le site et la date de prélèvement ainsi que des informations (date de naissance et sexe) sur le patient. Ces données sont informatisées depuis 1987. Les infections invasives présentées dans ce rapport ne concernent que les infections pour lesquelles une souche a été isolée dans le sang ou le LCR.

Dans l'analyse annuelle, seuls les laboratoires qui ont envoyé l'ensemble des fiches mensuelles ont été considérés comme participant au réseau EPIBAC. Le nombre de laboratoires participant varie, selon les années, de 97 à 130.

La représentativité du réseau EPIBAC (en terme de répartition géographique, de type d'établissement et de répartition des admissions en médecine et en pédiatrie dans les établissements correspondant aux laboratoires participants) a été étudiée en comparant les établissements des laboratoires participant au réseau à l'ensemble des établissements possédant un laboratoire interne.

Pour chaque pathologie surveillée, une incidence annuelle globale et par classe d'âge a été calculée en rapportant la proportion "nombre de cas notifiés/nombre d'admissions en médecine dans les établissements participant au réseau", au nombre total d'admissions en médecine dans l'ensemble des établissements métropolitains susceptibles de prendre en charge les pathologies étudiées.

Les variations saisonnières des infections dues aux bactéries surveillées ont été étudiées sur une période de trois ans en se limitant à un sous échantillon de laboratoires ayant participé trois années consécutives de 1991 à 1993 afin de ne pas introduire de biais lié à la variabilité de la participation des laboratoires.

RESULTATS

Haemophilus influenzae

On observe une diminution du nombre des méningites et des bactériémies entre 1992 et 1993, période qui correspond à la mise sur le marché du vaccin anti-Hib en France (figure 1). L'incidence estimée des méningites, qui était d'environ 9 cas par million d'habitants entre 1987 et 1992, a chuté en dessous de 5 cas par million d'habitants en 1993. L'incidence est maximale chez les enfants de moins de 5 ans : 60 cas/million en 1993 (figure 2). Les infections invasives à Haemophilus influenzae se manifestent essentiellement sous forme de méningite chez les enfants de moins de 5 ans et sous forme de bactériémie chez les grands enfants et les adultes. Les fluctuations saisonnières sont assez marquées avec une diminution du nombre de cas de mai à septembre.

Figure 1 - Estimation du nombre annuel de méningites et de bactériémies à Haemophilus influenzae, EPIBAC, 1987-1993.

Figure 2 - Incidence estimée par classe d'âge des infections invasives à Haemophilus influenzae, EPIBAC, 1993.

Neisseria meningitidis

On observe, depuis 1987, une tendance à la diminution des infections invasives à Neisseria meningitidis (figure 3). De 1987 à 1993, l'incidence estimée des méningites est passée de 11 à 7 cas par million d'habitants. Le nombre de cas d'infections invasives est maximum à l'âge de 1 an. Cinquante pour cent des cas surviennent avant 6 ans et 66 % avant 15 ans (figure 4). Ces infections prédominent en hiver. Une tendance générale à l'augmentation de la part du sérogroupe C est observée de 1989 à 1993 (26% à 32%).

Figure 3 - Estimation du nombre annuel de méningites et de bactériémies à Neisseria meningitidis, EPIBAC, 1987-1993.

Figure 4 - Incidence par classe d'âge des infections invasives à Neisseria meningitidis, EPIBAC, 1993.

Streptococcus pneumoniae

La tendance évolutive des infections invasives à Streptococcus pneumoniae est stable entre 1987 et 1993 (figure 5). L'incidence annuelle est de 157 cas par million d'enfants entre 1 et 4 ans en 1993. Elle est ensuite très faible entre 5 et 45 ans (moins de 55 cas par million d'habitants) puis remonte progressivement pour atteindre une incidence maximum chez les sujets âgés de 90 à 94 ans (741 cas par million d'habitants en 1993) (figure 6). Les infections invasives à Streptococcus pneumoniae se manifestent essentiellement par des bactériémies sauf chez les enfants chez qui les méningites représentent environ 20 % des infections invasives. Les fluctuations saisonnières sont très marquées avec une nette diminution du nombre de cas durant les mois d'été. La fréquence des sérotypes des souches isolées est différente chez l'enfant et chez l'adulte. Cinq sérotypes ou sérogroupes dominent chez l'enfant. Ils représentent à eux seuls 61 % des souches chez l'enfant alors qu'ils ne représentent que 38 % des souches chez l'adulte. Quatre vingt dix sept pour cent des souches pour lesquelles le sérogroupe (ou le sérotype) était renseigné, entre 1991 et 1993, sont incluses dans le vaccin 23 valences disponible en France.

Figure 5 - Estimation du nombre annuel de méningites et de bactériémies à Streptococcus pneumoniae, EPIBAC, 1987-1993

Figure 6 - Incidence estimée, par classe d'âge, des infections invasives à Streptococcus pneumoniae, EPIBAC, 1993

Listeria monocytogenes

La tendance évolutive des infections invasives à Listeria monocytogenes est stable entre 1987 et 1989 (figure 7). On observe, entre 1989 et 1991, une diminution des infections invasives suivie d'un doublement de l'incidence en 1992 due à une importante épidémie. En 1993, l'incidence est revenue à un niveau inférieur à celle de 1991. L'incidence est maximale chez les enfants de moins d'un an (64 cas/million en 1993) et chez les sujets âgés (25 cas par million d'habitants entre 70 et 74 ans en 1993) (figure 8). Les infections invasives surviennent surtout entre les mois d'avril et de septembre.

Figure 7 - Estimation du nombre de méningites et de bactériémies à L. monocytogenes, EPIBAC, 1987-1993

Figure 8 - Incidence estimée, par classe d'âge, des infections invasives à L. monocytogenes, EPIBAC 1993

Méningites bactériennes

Depuis 1987, on observe une tendance à la diminution globale de l'ensemble des méningites bactériennes (figure 9). Cette tendance est surtout marquée pour les méningites à Neisseria meningitidis et à Haemophilus influenzae. En 1993, Streptococcus pneumoniae est responsable de 39% des méningites, Neisseria meningitidis de 32 %, Haemophilus influenzae de 21% et Listeria monocytogenes de 8% (tableau 1).

Figure 9 - Incidence estimée des méningites à H. influenza N. meningitidis, S. pneumoniae et L. monocytogenes, EPIBAC, 1987-1993

Tableau 1 : Estimation de l'incidence annuelle des méningites par million de personnes en fonction de l'âge, EPIBAC, 1987-1993.

Chez les enfants (&lt15 ans) : Haemophilus influenzae est le principal agent responsable des méningites bactériennes observées entre 1987 et 1992 (46% à 53% des isolements), suivi par Neisseria meningitidis (24% à 37% des isolements) puis par Streptococcus pneumoniae (13% à 21% des isolements) et enfin Listeria monocytogenes dont la part est très faible (2% à 5% des isolements). Entre 1992 et 1993, on observe une diminution de la part d'Haemophilus influenzae dans l'ensemble des méningites bactériennes qui passe de 48% à 34%. Cette diminution se fait au profit de Neisseria meningitidis dont la part augmente durant cette période de 31% à 43%, ce qui explique que Neisseria meningitidis est devenu l'agent principal des méningites bactériennes chez l'enfant.

Chez les adultes (15-64 ans) : Streptococcus pneumoniae est le principal responsable des méningites bactériennes observées entre 1987 et 1993 (36% à 52% des isolements), Neisseria meningitidis est en seconde position (27% à 40% des isolements) puis Listeria monocytogenes (15% à 19% des isolements) et enfin Haemophilus influenzae (1% à 5% des isolements).

Chez les sujets âgés (&gt64ans) : Streptococcus pneumoniae est le principal responsable des méningites bactériennes observées entre 1987 et 1993 (46% à 76% des isolements), suivi par Listeria monocytogenes (13% à 39% des isolements) qui arrive presque au niveau de Streptococcus pneumoniae en 1992 lors de l'épidémie de listériose (39% des isolements).

DISCUSSION

Une analyse critique de la qualité du système et de la validité des estimations fournies par EPIBAC a été réalisée. La comparaison des estimations d'EPIBAC aux données d'autres études publiées en France permet de penser qu'elles sont pertinentes.

Cependant, ce système peut être amélioré en :

  • augmentant l'exhaustivité du système afin de pouvoir continuer de surveiller des pathologies dont l'incidence tend à diminuer comme les infections à Haemophilus influenzae. L'inclusion de nouveaux correspondants en particulier dans les régions où le taux de participation est faible permettrait en outre de réaliser des estimations régionales.

  • obtenant de tous les correspondants une participation continue dans le temps.

Il serait également souhaitable de faire une étude sur un échantillon de laboratoires pour valider la qualité des informations transmises (exhaustivité de la déclaration, erreur de codage).

CONCLUSION

Ce rapport est l'occasion de souligner l'importance des informations émanant du laboratoire pour la surveillance des maladies infectieuses. Sans la participation des microbiologistes hospitaliers, des données sur l'incidence et sur l'évolution temporelle des maladies infectieuses, en particulier celles étudiées par EPIBAC, ne seraient pas disponibles en France. Le partenariat actif avec les microbiologistes hospitaliers constitue, de ce fait, un élément essentiel du système de surveillance de ces maladies en France.

Afin d'améliorer le système, le réseau va être étendu à de nouveaux participants et une animation active du réseau basée sur une rétro-information régulière va être mise en place.

 

 

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Institut de veille sanitaire
Mise en ligne le 15 mai 1996
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