L'infection à hantavirus dans les Ardennes belges et françaises

Enquête épidémiologique. Avril - Juillet 1996

Document réalisé par : Danièle ILEF, Andréa INFUSO, Natasha CROWCROFT


AUTEURS ET PARTICIPANTS

Personnes ayant réalisé l'étude :

Danièle Ilef,
Djaouida Kadi               Cellule Inter-Régionale d'Epidémiologie Nord, DRASS, Lille

Natasha Crowcroft       Scientific Institute of Public Health-L. Pasteur, Bruxelles

Andrea Infuso               Réseau National de Santé Publique, Saint Maurice

Bernard Le Guenno       Centre National de Référence des Fièvres Virales et Hémorragiques, Institut Pasteur, Paris

Jan Clement                  Belgian Zoonosis Workgroup, Bruxelles

Personnes ayant participé à l'étude :

Les docteurs Colson, Dion Guilbaud, Lemaître, Lombard, Penalba, Van Pee Franck VanLoock, Scientific Institute of Public Health-L. Pasteur, Bruxelles
Jean Claude Desenclos, Réseau National de Santé Publique, Saint Maurice


INTRODUCTION

Les hantavirus, virus de la famille des Bunyaviridae, provoquent des infections chez différentes espèces de rongeurs. On connaît actuellement plusieurs sérotypes correspondant à des espèces de rongeurs différentes et provoquant une symptomatologie spécifique. En Europe occidentale le sérotype habituellement retrouvé est le sérotype Puumala, transmis à l'homme principalement par le campagnol roussâtre [6]. Depuis son premier isolement en 1980, ce sérotype a été reconnu comme responsable de plusieurs vagues épidémiques en 1983, 1985, 1990, 1991 et 1993.

Le tableau clinique évoque un syndrome grippal avec début brutal, courbatures, frissons, sueurs, asthénie et fièvre élevée; un syndrome algique suit habituellement après quelques jours, il est variable dans ses localisations (céphalées, lombalgies, douleurs abdominales, thoraciques,...). Les signes hémorragiques sont rarement cliniques (purpura, epistaxis, hémorragie sous-conjonctivale,...). Du point de vue biologique, on note très souvent une thrombopénie et une atteinte rénale (protéinurie, élévation de la créatinémie). L'évolution est toujours favorable.

Dans le nord-est de la France et les Ardennes belges on observe une propagation d'allure endémique de l'infection à hantavirus [7], avec description de deux épidémies en 1990 et 1993 [3] [4] avec pic majeur en début d'été.

Depuis le début de l'année 1996 un nombre de cas non négligeable ayant été diagnostiqué en Belgique et en France [9], la Cellule Inter-régionale d'Epidémiologie (CIRE) Nord et le Réseau National de Santé Publique (RNSP) en France, et l'Institut Scientifique de Santé Publique (ISSP) en Belgique ont décidé au mois de mars 1996 de mener ensemble une étude épidémiologique afin de :
  * préciser les facteurs d'exposition et activités à risques et les facteurs protecteurs de la maladie ;
  * estimer le degré d'information concernant la maladie des habitants de la zone
  * améliorer les conseils de prévention pour les résidents de la région

Cette recherche trouvait sa justification dans l'absence d'études publiées sur le sujet pouvant donner des indications précises sur les facteurs de risques et d'éventuelles mesures de prévention. Aucune étude cas-témoins n'a été publiée en France ni en Belgique. Une étude cas-témoins réalisée en Belgique en 1994 [11] met en évidence trois facteurs d'exposition associés significativement à la maladie : (couper/manipuler du bois, voir/manipuler des rongeurs, activité physique intense pratiquée dans les lieux à risque). Les facteurs d'exposition évoquées en France, malgré l'absence d'étude cas-témoins sont également la manipulation du bois, soit en forêt soit à proximité de la maison, et l'activité dans des lieux fermés [8] ; l'activité professionnelle dans les secteurs de la forêt, de l'agriculture et du bâtiment semble aussi un facteur non négligeable [8] [10].


MATERIEL ET METHODES

L'étude est une étude exploratoire cas-témoins appariés. Elle a concerné tous les cas diagnostiqués entre le 1er avril et le 31 juillet 1996 dans les provinces du Hainaut, de Namur et du Luxembourg pour la Belgique et les départements du Nord (secteurs sanitaires de Valenciennes, Cambrai et Avesnes), des Ardennes et de l'Aisne en France.

Définition de cas
Un cas était donc un sujet :
  * résidant dans la région de l'étude
  * ayant eu un diagnostic clinique d'infection à hantavirus
  * avec une première sérologie positive (IgM anti-virus Puumala) entre début avril et fin juillet 1996.

Recherche des cas
Les cas ont été confirmés et signalés aux enquêteurs par le Centre National de Référence des fièvres hémorragiques et virales (Dr Le Guenno) en France et par le Belgian Zoonosis Workgroup (Dr Clément) en Belgique. Les médecins hospitaliers ayant pris en charge les cas ont donné leur accord pour participer à l'étude et ont communiqué les coordonnées des cas à interroger. Les médecins libéraux ayant pris en charge des cas non hospitalisés étaient contactés systématiquement.

Sélection des témoins
Les témoins ont été appariés aux cas sur trois critères : le sexe, la classe d'âge (enfants : < 15 ans, adultes 15-64 ans, personnes âgées : > 64 ans ) et la commune de résidence des cas.
Ils ont été tirés au sort (tirage de la première lettre du nom au hasard) parmi les abonnés du téléphone à partir des derniers annuaires disponibles. En cas d'absence (trois fois trois jours différents à trois heures différentes), de refus ou de non-correspondance aux critères d'appariement, le numéro suivant était contacté systématiquement jusqu'au 22 octobre, date à laquelle les interrogatoires ont été interrompus. Deux témoins ont été recherchés par cas. Les témoins recevaient une lettre leur annonçant l'enquête. Si le témoin avait été hospitalisé pour une maladie rénale, où avait été atteint de fièvre hémorragique à hantavirus, il était exclu.

Le recueil d'information s'est fait par interview téléphonique entre le 26 mai et le 22 octobre 1996 par un médecin enquêteur dans chaque pays avec un questionnaire anonyme (annexe 3).

La période enquêtée était le mois précédent les premiers signes de maladie pour les cas, et pour les témoins la période correspondant à celle du cas apparié.

Les variables étudiées ont concerné la connaissance de la maladie, les facteurs d'exposition et les facteurs de protection :
  i) connaissance de la maladie : son ancienneté, son niveau et le canal par lequel elle s'est faite.

  ii) facteurs d'exposition :
- les activités supposées être à risque, qu'elles soient professionnelles, domestiques ou de loisirs: travail du bois, terrassement, jardinage, loisir en forêt, et le temps pendant lequel elles ont été pratiquées.
- les risques liés à la résidence : le type de logement (maison ou appartement) ; le type d'habitat (isolé, village, ville), la distance de la maison à la forêt et aux champs, la fréquence de nettoyage de l'habitation, le mode d'entrepôt des ordures, la présence de rongeurs dans l'habitation, l'utilisation de bois pour le chauffage ou la cuisine.
- les lieux supposés à risque : la forêt, les locaux fermés.

La durée et le moment de la journée de toute activité ou fréquentation d'un lieu, étaient précisés.

  iii) les facteurs de protection étudiés étaient la présence d'un chat au domicile, la dératisation à la maison et dans les locaux à risque, l'utilisation de gants et/ou de masque lors de la pratique d'activités à risque.

Analyse
La saisie des données et l'analyse univariée appariée ont été réalisées avec le logiciel EpiInfo version 6.04. La force de l'association a été estimée par l'Odds Ratio apparié de MacNemar (OR). Les intervalles de confiance à 95% (IC à 95%) ont été calculés selon la formule de Greenland-Robins-. Les proportions ont été comparées par le test du Chi2 apparié de MacNemar. Le seuil de significativité statistique est celui de 5%.
Une analyse multivariée a été réalisée par régression logistique conditionnelle avec le logiciel EGRET. Une approche à étapes descendantes a été adoptée. Elle consistait à inclure dans le modèle initial toutes les variables principales retrouvées associées à la maladie en analyse univariée ou considérées importantes pour la prévention.
A partir du modèle initial les variables non associées à la maladie (p > 0,10) ont été exclues. A partir du modèle obtenu les interactions entre variables ont été testées et maintenues si statistiquement significatives (p < 0,05) afin d'obtenir le modèle final.

Pour l'analyse multivariée les variables indiquant l'exposition en forêt et dans les locaux à risque ont été rendues plus spécifiques sur la base des indications obtenues à l'analyse univariée, en choisissant un temps total d'exposition minimum et/ou le fait d'avoir réalisé au moins une activité retrouvée à risque (voir résultat).

 

 

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Résultats


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Mise en ligne le 20 février 1998

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