TRANSMISSION DU VIH A UNE PATIENTE PAR UN CHIRURGIEN INFECTE

Réseau National de Santé Publique (RNSP), France


A la suite de l'annonce dans la presse médicale, en octobre 1995, de la séropositivité VIH d'un chirurgien orthopédiste de Saint-Germain en Laye, le Ministère français de la Santé a pris la décision d'informer et de proposer un dépistage aux patients opérés par ce chirurgien.

Une enquête épidémiologique a été menée conjointement par l'Hôpital de Saint-Germain en Laye, le Réseau National de Santé Publique, le Centre de Coordination de Lutte contre les Infections Nosocomiales de Paris-Nord et la DDASS des Yvelines, et a comporté 3 volets : une reconstitution de l'histoire médicale du chirurgien ; l'identification des patients opérés pendant la période supposée d'exercice professionnel à risque du chirurgien et l'offre d'un dépistage à ces patients ; enfin, une expertise des pratiques chirurgicales auprès des chirurgiens et des hygiénistes du bloc opératoire de l'hôpital concerné.

L'histoire médicale du chirurgien suggère que la date la plus probable de sa contamination par le VIH remonte à mai 1983. Le diagnostic de séropositivité et de Sida a été posé de façon concomitante en mars 1994.

L'enquête auprès des patients opérés par le chirurgien a pu être réalisée grâce à la mise en place d'un Centre d'Information à l'Hôpital de Saint-Germain en Laye, qui a pris en charge les appels téléphoniques et géré les consultations des patients identifiés, en leur proposant si nécessaire, un test de dépistage du VIH.
Cette enquête a permis de recenser 3 004 patients ayant subi au moins une procédure invasive par le chirurgien, parmi lesquels 2 458 ont pu être informés par courrier.
Le statut sérologique de 968 patients a pu être connu, 967 sont séronégatifs (32,2% de la population totale et 39,4% des patients informés).
Une seule patiente, séronégative avant une intervention prolongée (10 heures) par le chirurgien en 1992, est séropositive.
Le laboratoire du Pr. Montagnier de l'Institut Pasteur a réalisé l'analyse des virus de la patiente et du chirurgien et comparé les séquences moléculaires de leur gène d'enveloppe. Les 2 virus appartiennent au même sous-groupe de VIH-1. Les arbres phylogénétiques obtenus par différentes méthodes indiquent clairement que les 2 virus sont très proches.

L'expertise des pratiques chirurgicales a montré que le chirurgien était fréquemment exposé à des blessures ou coupures per opératoires, susceptibles d'exposer les patients à son sang. Ces expositions semblent davantage liées aux techniques chirurgicales de la chirurgie orthopédique qu'aux pratiques de l'opérateur lui-même. Les procédures d'hygiène appliquées au bloc opératoire sont par ailleurs, conformes aux recommandations en matière de prévention des accidents exposants au sang, d'organisation des interventions, et de traitement et de stérilisation du matériel médico-chirurgical.

En conclusion, plusieurs arguments épidémiologiques sont en faveur d'une transmission nosocomiale du VIH de la patiente séropositive par le chirurgien :

  • la patiente était séronégative avant la première intervention réalisée par le chirurgien et ne présente pas d'autre mode d'exposition à l'infection,

  • les accidents percutanés sont fréquents en chirurgie orthopédique,

  • la patiente a une durée d'exposition au risque particulièrement prolongée,

  • la charge virale du chirurgien à l'époque de l'intervention sur la patiente pouvait être élevée.

Cette enquête épidémiologique, confortée par le séquençage viral indique que cette transmission est hautement probable.

Le Ministre de la Santé demande que les précautions universelles soient de nouveau, largement diffusées au sein des établissements de soins et rappelle que des actions de formation sur les conditions d'hygiène à respecter sont déjà menées.
Le Ministère a par ailleurs, sollicité les avis du Conseil National de l'Ordre des Médecins, de l'Académie de Médecine , du Comité Consultatif National d'Ethique pour les Sciences de la Vie et de la Santé, et du Conseil National du Sida sur les conclusions qu'il y aurait lieu de tirer de cette enquête.

Le rapport complet de l'enquête épidémiologique est disponible au RNSP auprès du Docteur LOT. Tél : 01 41 79 67 46     Fax : 01 41 79 67 66

 

 

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Mise en ligne le 21 janvier 1998
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